Poéme du jour 3
Cette semaine, j'ai lu un petit florilège de la poésie de Claude Roy, et me voilà tonbant par hasard sur une poésie que j'adorais il y a quelques années. Le charme opère encore.
La nuit
Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de loup de fougère et de menthe
volueuse de parfum impure fausse nuit
fille aux cheveux d'écume issue de l'eau dormante
Après l'aube la nuit tisseuse de chansons
s'endort d'un songe lourd d'astres et de méduses
et les jambes mêlées aux fuseaux des saisons
veille sur le repos des étoiles confuses
Sa main laisse glisser les constellations
le sable fabuleux des mondes solitaire
la poussière de Dieu et de sa création
la semence de feu qui féconde les terres
Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de mer de feu de loup de piège
bergère sans troupeaux glaneuse sans épis
aveugle aux lèvres d'or qui marche sur la neige.
Claude Roy
